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Souvenir d’un « troubadour » et d’une poignée de « pionniers »

02/03/2019 Antoine Kaburahe Commentaires fermés sur Souvenir d’un « troubadour » et d’une poignée de « pionniers »
Souvenir d’un « troubadour » et d’une poignée de « pionniers »

La rencontre avec Térence Nahimana dans «  Au Coin du feu » a réveillé en moi quelques vieux souvenirs. Peu de gens savent que cet homme est à la base du lancement de la première radio indépendante du Burundi : la radio Umwizero qui deviendra plus tard Bonesha. CCIB FM+ (née en 1995) était une radio strictement commerciale .

Bernard Kouchner est venu au Burundi. Avec Térence Nahimana, ils sont allés expliquer aux autorités, très réticentes, cette vision d’un « journalisme de paix ». Ils disaient : « La radio a tué au Rwanda, elle va sauver au Burundi ». Nous sommes au lendemain du génocide rwandais et le rôle de «  radio mille collines » était encore dans toutes les mémoires. Un secteur extrêmement sensible donc .

Pour les porteurs du projet, il fallait combattre « les rumeurs et la désinformation en diffusant une information traitée de manière strictement professionnelle » et surtout privilégier une « information qui construit ». Difficilement, la radio a été agréée.

Térence Nahimana a recruté quelques jeunes passionnés, prêts à s’engager. Moi j’ai démissionné de la RTNB. Je me souviens, des amis me disaient que c’était « fou », la nouvelle radio nous proposait un contrat « renouvelable tous les mois ». La situation était en effet très fragile, car la rébellion armée prenait de l’envergure et le pouvoir très nerveux. Nos collègues français, prudents, avaient toujours les valises prêtes. Il n’était donc pas question de signer des contrats à longue durée.

L’idée était belle. Mais les médias étaient verrouillés. La RTNB était la seule voix nationale autorisée. Et puis, une radio financée par une association française, avec Térence nahimana, un « ancien du Palipehutu », nous étions suspects et notre travail passé à la loupe. On marchait sur des œufs.

Mais quelle belle aventure ! A la rédaction, l’apprentissage était permanent avec d’excellents professionnels dont un certain Hubert Vieille, à l’époque plus de 20 ans d’expérience, il y avait François Capelier, Philippe Perdrix, tous des « pros », très exigeants. Nous avions aussi des stages dans les médias à l’étranger.

Petit à petit, la radio a pris son envol et s’est incrustée doucement. On a commencé à diffuser, à des doses « homéopathiques », des infos qui parfois étaient en contradiction avec la version officielle diffusée par la « vénérable » RTNB. Mais comme elles étaient inattaquables, le pouvoir en maugréant fermait les yeux. C’est une facette de l’histoire de la presse indépendante qui n’est pas très connue.

Umwizero est devenue plus tard Bonesha qui a fini carbonisée en 2015, comme on le sait. Cela est une autre histoire.

La première équipe de radio Umwizero
Debout de gauche à droite Bernard Kouchner, Martine Kanani, AntoineKaburahe, Jean Baptiste Bireha, Arthemon Nkuzumwami (Technicien), Céline blazy (DAF), Philippe Perdrix, Amissi Sekembwe (+), Abbas Mbazumutima, Jacqueline Segahungu, Edgar Mbanza, Dieudonné (logistique)

Je voudrais juste rendre hommage à cette petite poignée de « pionniers » . Que sont-ils devenus ? Adrien Nihorimbere vit au Canada, Martine Kanani aux USA, Amissi Sekembwe wa « madebe », un animateur congolais au rire homérique est décédé à Uvira, Jacqueline Segahungu , une femme forte, poursuit une belle carrière à la VOA, Edgar Mbanza est toujours journaliste et docteur de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, EHESS, Mines-Télécom ParisTech. Jean Baptiste Bireha a continué la carrière au sein de Bonesha, il a survécu miraculeusement à un attentat en 2017. Abbas, mon ami de toujours est le directeur des rédactions adjoint d’Iwacu. Un journaliste à l’humeur toujours égal. Je ne sais pas comment il fait, mais je n’ai jamais vu Abbas inquiet ou en colère. Peut-être grâce à sa foi, très solide. « Inch’ Allah »,dit-il souvent.

C’était donc pour moi un plaisir de retrouver au Coin du Feu, Térence Nahimana. Une petite anecdote. En apprenant que je travaillais pour Umwizero, un jour quelqu’un m’a dit : «  ya radio wa mu Palipehutu ! » (la radio de ce Palipehutu). Sauf que Térence Nahimana ne s’est jamais immiscé dans la rédaction. Nous n’avons jamais eu aucune instruction. Il voulait que l’on fasse «  simplement du journalisme. »
Cet homme aujourd’hui un peu oublié, et qui se définit lui-même comme un « troubadour », mérite bien une petite reconnaissance pour son rôle dans l’émergence de la presse indépendante burundaise.

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