Économie

Rumonge : Le port s’ennuie

18/09/2018 Diane Uwimana Commentaires fermés sur Rumonge : Le port s’ennuie
Rumonge : Le port s’ennuie
Un des dix bateaux qui accostent au bord du lac Tanganyika décharge quelques caisses de poissons et des caisses vides de bière Primus

A cause notamment de taxes « exorbitantes » et de la dépréciation du Fbu, les commerçants congolais ne viennent plus vendre leurs produits au Port de Rumonge. Du coup, le commerce y tourne au ralenti depuis plus de deux mois.

Lundi 10 septembre. Il est 10h au Port de Rumonge. Sur une dizaine de bateaux qui accostent au bord du lac Tanganyika, un seul décharge quelques caisses de poissons et des caisses vides de bière Primus, Amstel et Bock en provenance de la République démocratique du Congo. A proximité, des portefaix s’activent pour décharger le bois en transit en provenance du Congo. Les vendeuses de produits vivriers sont désœuvrées. Idem pour les commissionnaires en douane.

Les commerçants rencontrés au Port de Rumonge déplorent que le commerce transfrontalier tourne au ralenti. « Il n’y a pas de marchandises, ces derniers jours. » Depuis deux mois, poursuivent-ils, les Congolais qui transportaient une grande quantité de poissons, d’huile de palme, de charbon et de farine de manioc vers le Burundi arrivent à compte-gouttes.

P.K., commerçant au port de Rumonge, soutient que la hausse des taxes sur les produits vivriers et la taxation des bateaux de transport de marchandises et des personnes sont les raisons principales de la baisse du trafic. A chaque embarcation, un bateau de transport de marchandises et des personnes doit payer 65$ sans passagers. Et s’il transporte des passagers, le bateau doit ajouter 5% du ticket du passager. Selon lui, ces taxes exorbitantes découragent les commerçants congolais à venir vendre leurs produits au Burundi.

Quant à T.S., lui aussi commerçant, ce ralentissement des activités commerciales est causé par la délocalisation du marché de Rumonge. « Il a été délocalisé à un kilomètre du port, il y a cinq mois. » Auparavant, les commerçants congolais vendaient leurs produits dès leur arrivée. Aujourd’hui, ils doivent payer les portefaix à défaut de croiser les commerçants qui viennent s’approvisionner au port.

La dépréciation de la monnaie burundaise est une autre raison avancée par ces commerçants. Selon eux, leurs collègues congolais préfèrent désormais vendre leurs poissons dans les régions de Baraka, d’Uvira ou de Massissi, où l’on exploite de l’or. Leurs produits s’achètent en dollars.

Ce commerçant indique que certains hommes d’affaires congolais embarquaient à leur retour, des caisses de bière Primus en grande quantité et d’autres produits à l’exception des produits vivriers. Mais ces derniers jours, il n’est pas facile de s’approvisionner en ces boissons locales. « Il y a des mesures administratives interdisant la vente des produits Brarudi sans l’aval de cette entreprise. »

Interrogée, la Brarudi explique qu’elle autorise l’exportation de l’Amstel 65 cl et Bock. Rémy Ndayishimiye, conseiller en communication externe et développement durable à la Brarudi explique que c’est pour protéger leur brasserie sœur de la RDC qui brasse la Primus et les Fanta.

Il fait savoir que deux clients opérant à Rumonge exportent ces deux catégories de boissons (Amstel et Bock) à raison de 1.500 casiers par tour : « C’est souvent deux tours par mois ».

L’autorité portuaire rassure

Juvénal Bigirimana : « Les Congolais n’ont rien à vendre pour le
moment.»

Siméon Obède Niyuhire, chef de poste de l’autorité portuaire, maritime et ferroviaire au port de Rumonge, rejette les explications des commerçants : « Le ralentissement du commerce transfrontalier n’a rien à voir avec la taxation des bateaux de transport des biens et des personnes. » Il signale que cette mesure est en vigueur, depuis plus de cinq mois. Il explique ce ralentissement par un manque « criant » de poissons en provenance de la RDC sous l’effet du réchauffement climatique, au cours de ces deux derniers mois. « Les Congolais ont intérêt à vendre leurs marchandises au Burundi, car il n’y a pas de villes de l’autre côté de la rive et les routes ne sont pas praticables, comme au Burundi. »

M. Niyuhire justifie aussi la baisse du trafic au Port de Rumonge par la rupture d’importation du sel et du ciment en provenance de la Tanzanie et de la Zambie, depuis plus de deux mois. « Il se peut qu’il y ait quelques changements entre les importateurs tanzaniens et les producteurs indiens pour avoir de nouveaux contrats ». Avant cette rupture, « cinq à huit bateaux remplis de marchandises et de personnes débarquaient par jour ». Ce cadre de l’autorité portuaire promet que d’ici le 15 septembre, les importations du sel et du ciment pourraient reprendre.

« Les Congolais n’ont rien à vendre pour le moment. La grande quantité des poissons vendue au Port de Rumonge provient de la RDC », explique, quant à lui, Juvénal Bigirimana, gouverneur de la province Rumonge. Malgré le ralentissement des activités commerciales au Port de Rumonge, le gouverneur fait savoir que les relations entre le Burundi et la RDC sont bonnes.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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Chute vertigineuse des recettes collectées au Port de Rumonge

Ce ralentissement du commerce a entraîné la hausse des prix de certains produits notamment le sel et l’huile de palme. D’après les commerçants, un sac de 25kg de sel est passé de 13.000 Fbu à 23.000. Un bidon d’huile de palme de 20litres qui coutait 35.000 Fbu, il y a deux mois, s’achète à 45.000 Fbu. « Les recettes collectées au Port de Rumonge en juillet ont connu une chute de 80% comparativement au mois précédent, puis une remontée de 20% en août », indique Félix Nkurunziza, directeur des opérations douanières l’Office burundais des recettes (OBR). Il explique que cette chute est due à la rupture des importations du sel et du ciment au cours de ces deux derniers mois. Quant au commerce transfrontalier qui tourne au ralenti, M. Nkurunziza dit que c’est un mouvement observé depuis plus d’une année. « On ignore les causes majeures ». Concernant la taxation des produits vivriers, il assure qu’il n’y a pas eu de changement.

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