Politique

Rétrospective 2018 : Les grands évènements marquants de la politique

07/01/2019 Agnès Ndirubusa Commentaires fermés sur Rétrospective 2018 : Les grands évènements marquants de la politique
Rétrospective 2018 : Les grands évènements marquants de la politique
Elections référendaires à Ngozi

Référendum constitutionnel, feuille de route de Kayanza, dialogue d’Arusha et l’annonce du président de ne pas se présenter aux élections, les évènements qui ont marqué l’année écoulée.

Le référendum constitutionnel, coûte que coûte

Le référendum a eu lieu 17 mai, malgré les contestations centrées essentiellement sur le timing. Beaucoup indiquent que ce n’est pas le moment. Le dialogue inter-burundais est en panne et plusieurs milliers de burundais sont en exil.

Bujumbura campe sur ses positions et lance la machine en mouvement. Une campagne explicative de la nouvelle Constitution et une inscription au rôle d’électeurs sont émaillées de plusieurs irrégularités. Au final, 5.008.742 électeurs sont attendus.

Le 17 mai 2018, en général, le scrutin se déroule bien, hormis des irrégularités relevées dans plusieurs provinces. Une surprise, la population matinale répond massivement au rendez-vous.

Un référendum qui a eu lieu néanmoins dans un contexte d’absence de mission internationale d’observation et une campagne référendaire mouvementée. Quasiment tous les partis politiques de l’intérieur du pays demandent à leurs partisans d’aller voter « ego » ou « oya » à la révision constitutionnelle. Hormis la coalition Amizero y’Abarundi et le parti Frodebu qui demandent aux Burundais de voter non à la révision constitutionnelle, les autres appellent à voter oui.

Lundi 21 mai 2018, la Commission nationale indépendante (Ceni), annonce les résultats provisoires du référendum constitutionnel. Sans surprise, elle proclame la victoire du « ego » sur le « oya ». Le oui est crédité de 73, 26%, le non récolte 19, 34%, tandis que les voix nulles sont estimées à 4,11%, et les abstentions à 3, 28%.
Le président de la Ceni, Pierre Claver Ndayicariye, indique, en outre, que 4 768 142 Burundais ont répondu à l’appel, soit un taux de participation de 96,24%.

Des résultats qui seront contestés jeudi 24 mai par la coalition Amizero y’Abarundi auprès de la Cour constitutionnelle. Elle a constitué un énorme dossier parlant de plusieurs irrégularités qui ont émaillée le processus référendaire. La coalition demande à cette cour de statuer sur son invalidité.

Mais les contestations de l’opposition et de la majorité de la communauté internationale, opposées au changement de la Constitution, n’y changeront rien. La Constitution finira par être modifiée.

Les innovations de la nouvelle Constitution :

– La limitation à deux quinquennats les mandats présidentiels disparaît. Place au septennat renouvelable une fois.
– La deuxième vice-présidence saute. Le premier ministre, chef du gouvernement, issu de la mouvance présidentielle fait son apparition.
– La révision de la Constitution ne nécessitera plus le vote des 4/5 des députés, mais plutôt des 3/5.
– Pas d’extradition pour tout citoyen burundais vivant sur son sol. Il échappe ainsi à la justice internationale.
– La coalition des indépendants est interdite
– Un Burundais à double nationalité est interdit d’occuper de hautes fonctions de l’Etat, notamment la présidence.
– « Nous, peuple burundais : Conscients de nos responsabilités devant Dieu…», ainsi débute le préambule de la nouvelle Constitution. De même que la prestation de serment commence en ces termes : « Devant Dieu le Tout-Puissant ». Certains y voient la perte de la laïcité.
– Article 4 de la Constitution stipule que le statut et le rétablissement de la monarchie doivent faire l’objet du référendum.


Feuille de route de Kayanza, loin de faire l’unanimité

Adoption de la feuille de route de Kayanza

‘Musumba Hôtel’ a abrité, le 3 août, la signature d’une « feuille de route » pour les élections de 2020.
22 partis politiques sur les 33 agréés ont répondu à l’invitation du gouvernement. Mais la question que tout observateur de la politique s’est posé est l’impact, l’importance et la représentativité de toutes ces formations. Pour rappel, lors des présidentielles de 2015, l’Uprona a eu 2,4 % des suffrages obtenus, le FNL de Jacques Bigirimana 1,01%, la COPA de Jean de Dieu Mutabazi 0,16%. Hormis le parti de l’Aigle, les autres partis sur place pèsent peu sur la balance.

Du secrétaire général du parti Uprona, Olivier Nkengurutse, au président du parti FNL, Jacques Bigirimana, en passant par des politiques à l’image d’Alice Nzomukunda, Jean de Dieu Mutabazi ou encore Kefa Nibizi, aucune divergence notable sur les grandes questions de l’heure.

Une petite voix s’est élevée pour contester et refuser de signer. C’est celle de Phenias Nigaba, porte-parole du Sahwanya Frodebu. Il a déploré que ce document ait été discrètement préparé à l’avance. « On ne sait pas par qui, et les acteurs politiques ont été exclus. Comment voulez-vous que mon parti cautionne ça ? » .

En refusant de signer « la feuille de route », le Frodebu rejoignait la position des ténors de l’opposition interne qui ne se sont pas rendu à Kayanza. Le parti MRC et la coalition Amizero y’Abarundi avaient dénoncé dans un communiqué de presse « un forcing ne visant qu’à court-circuiter le dialogue externe mené par la facilitation et la médiation de la sous-région. »

Le Cnared a dénoncé une fuite en avant et une feuille de route non consensuelle. Interrogé, l’ancien président Ntibantunganya est pessimiste : « L’histoire du Burundi m’a appris que lorsqu’on veut régler une crise, il faut absolument s’assurer que tous les protagonistes sont associés.»

Pourtant les facilitateurs tanzaniens s’activaient pour convoquer un prochain round des pourparlers. Le problème : à l’agenda de Benjamin Mkapa figurait justement une feuille de route pour les élections de 2020. A Kayanza, Bujumbura semble avoir pris de vitesse Arusha pour que la feuille de route soit déjà actée avant le dialogue.

Le président Nkurunziza annonce son départ en 2020

C’est l’annonce surprise de l’année 2018 au Burundi. Le jour de la promulgation de la Constitution, le 7 juin 2018, le président prend tout le monde de court et annonce qu’il ne briguera pas un autre mandat.

Tout était pourtant « bien parti », pour lui. La population « avait réclamé l’abandon de la limitation des mandats » comme l’a rapporté la Commission nationale du dialogue inter-burundais (Cndi).

Et depuis, tout va s’enchaîner très vite. Il y a d’abord cette déclaration à Rutana, lors d’une séance des questions publiques du 30 décembre 2016. Le chef de l’Etat déclare : « Si la nouvelle Constitution le permet et que la population le demande, je ne vais pas me dérober. »

Ensuite, le président convoquera un référendum, en mai dernier. Durant ce processus, l’opposition, la communauté internationale, les analystes, tous y voient les ambitions à peine voilées du président Nkurunziza de continuer d’occuper le palais présidentiel. Bujumbura ne contredit pas les rumeurs. Toutefois, lors des manifestations, les membres du parti crient : « Peter Nkurunziza guma kwi volant » (« Peter Nkurunziza reste aux commandes »).

En substance, tout avait été savamment orchestré durant ces deux dernières années. Tout obstacle à la présidence semblait avoir été écarté. Sauf que le président Nkurunziza persiste et signe le 28 décembre, lors d’une émission questions-réponses avec la population. Sa décision de ne pas se présenter aux élections de 2020 est irrévocable, même si son parti le suppliait.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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Une fin de dialogue bâclé

Après de multiples reports, la facilitation prend finalement le taureau par les cornes. Elle fixe les pourparlers du 24 au 29 octobre 2018, malgré la demande du gouvernement burundais d’un autre report.

Le jour venu, c’est la douche froide, le gouvernement ainsi que tous les partis politiques amis du Cndd-Fdd décident de ne pas se présenter à Arusha. Pour eux, « il ne s’agit pas d’un boycott, ils sont en train de commémorer les assassinats des héros de l’indépendance et de la démocratie ».

L’ancien président tanzanien affirme que la session est la dernière. Il dit avoir fait son possible et affiche son impuissance face à l’échec du dernier round qui se fait sans l’autre partie au conflit.

A Arusha, se retrouve l’opposition intérieure et extérieure qui parlera le même langage. Elle n’ira pas de main morte. Dans sa feuille de route transmise à la facilitation, Bujumbura, la médiation, l’EAC, l’UA, l’ONU, tous sont pointés du doigt comme étant à l’origine de l’échec des pourparlers d’une façon ou d’une autre.

Déception concernant le médiateur Museveni qui a brillé par son absence. Durant le processus de dialogue inter-burundais, le président ougandais n’était pas disponible.

Les chefs d’Etat de la sous-région ? Démissionnaires. Aucun sommet ‘’spécial Burundi’’, aucune évaluation, ils étaient désintéressés.

L’opposition n’est pas également tendre avec l’Union africaine et les Nations unies. Que de décisions et de résolutions prises, mais jetées, par la suite, aux oubliettes.

Les leaders de l’opposition parlent aussi d’un Bujumbura stratège en jouant les prolongations, en faisant cavalier seul dans la prise de grandes décisions. Dans ce contexte, l’opposition a réclamé ce qu’elle a appelé ‘’un autre cadre de dialogue’’ sous l’égide de l’Union africaine et des Nations unies. Entre temps, Mkapa a rencontré Museveni et lui a rendu son rapport final. Un sommet a été convoqué. Il était censé statuer sur la suite à apporter au dialogue. Faute de quorum avec l’absence burundaise, le sommet a été reporté pour le 27 décembre pour l’être finalement sine die.

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