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OPINION – Nkurunziza, et après?*

20/06/2018 La Rédaction Commentaires fermés sur OPINION – Nkurunziza, et après?*

Par Joseph Sibomana

La nouvelle est tombée comme une bombe devant un parterre d’invités qui, sans doute, se croyaient temoins de la consécration d’une présidence qui devrait durer jusqu’en 2034. Dans un pays où la rumeur court dans tous les sens et de toutes les sources, rien n’a fuité avant l’annonce solennelle par principal concerné. Après un référendum controversé qui a accouché d’une constitution taillée sur mesure, personne ne doutait de la volonté du Président Nkurunziza de se représenter en 2020, conformément à la nouvelle loi fondamentale dont la promulgation était à l’ordre du jour ce fameux 7 Juin 2018 à Bugendana.

Joseph Sibomana

Pris de court, les Burundais ont vite retrouvé leurs claviers, et les réactions sur les réseaux sociaux – seules plateformes où règne encore la liberté d’expression – ont fusé de partout. Des plus optimistes aux incrédules, chacun y allait de son commentaire. Il y avait de quoi.

S’il est permis de douter de la sincérité de la parole donnée, je reste cependant persuadé que le message était sans équivoque. Le Président Nkurunziza s’est clairement déclaré disposé à soutenir le NOUVEAU Président qui sera élu en 2020, et ce après avoir remercié les Barundi de lui avoir accordé son DERNIER mandat.

Le départ du Président Nkurunziza s’annonce toutefois alors que le Burundi traverse sa plus grave crise socio-politique depuis 2005, année où le CNDD-FDD accéda au pouvoir à l’issue d’élections libres et transparentes. Crise qui débute justement avec la volonté du Président Nkurunziza, profitant d’un flou juridique, de briguer un troisième mandat très contesté en 2015. Il faut surtout retenir que l’interprétation erronée de l’article 96 de la désormais ancienne constitution outrepassait l’esprit et la lettre des accords d’Arusha dont ladite constitution s’était pourtant inspirée.

Maintenant que le Président Nkurunziza a annoncé son départ dès 2020, les Barundi sont en droit d’attendre que soient prises des mesures concrètes de décrispation par le parti au pouvoir, ainsi qu’une attitude responsable de la part de l’opposition en vue d’une remise sur ses rails de notre démocratie qui, hélas, peine à sortir de son état embryonnaire. Tout Burundais qui le souhaite devrait pouvoir rentrer dans son pays et y jouir de tous ses droits civiques. Les opposants politiques en exil devraient recevoir des garanties de sécurité, ainsi que la liberté de mener leurs activités politiques loin des tracasseries et intimidations des forces de l’ordre et des Imbonerakure. Le rendez-vous de 2020 est une véritable croisée de chemins avec un choix clair entre le prolongement de cet enlisement qui dure depuis 2015, et un retour à l’apaisement qui permettrait de dissiper les tensions qui paralysent le pays.

Une aubaine pour le CNDD-FDD

Malgré le message mal dissimulé du secrétaire général du CNDD-FDD lors de la célébration de son anniversaire, il convient de dire que le jeu de succession reste ouvert, faute de successeur naturel et incontesté au Président Nkurunziza. Cet état de fait représente une occasion en or pour ce parti dont on se rappelle encore les dissensions internes sur le nom du candidat pour 2015 avec pour conséquence l’écartement d’un certain nombre de ses cadres. Le congrès extraordinaire du 25 avril 2015 à l’issue duquel Nkurunziza fut déclaré candidat à sa propre succession aura été un gâchis, aussi bien bien pour le parti CNDD-FDD et le pays tout entier. Aujourd’hui encore, le Burundi souffre de ses conséquences. Alors que le candidat Nkurunziza de 2015, Président sortant de la République de surcroît, disposait de tous les moyens nécessaires et avait tout mis en oeuvre pour écraser sur sa route quiconque oserait le défier, personne aujourd’hui n’est en mesure de s’imposer comme unique candidat à la candidature aux élections de 2020. Un élément de taille dans la perspective d’une compétition loyale parmi les prétendants.

Pour une organisation jeune comme le CNDD-FDD qui se cherche encore une identité, tous les gestes comptent, et toutes les procédures engagées dans le long processus d’institutionnalisation du parti auront un impact sur son devenir. Et ce aussi bien à court, à moyen qu’à long terme.

Vu l’équilibre des forces qui règne au sein du parti au lendemain de l’annonce du retrait du Président NKurunziza, il est plus que souhaitable que le parti prenne ses responsabilités et organise une primaire ouverte et démocratique pour se trouver un candidat à la présidentielle de 2020. Après le congrès de Ngozi en février 2007 et celui de Bujumbura en avril 2015, le CNDD-FDD a besoin d’un autre congrès, avant 2020, qui permettra cette fois-ci de renforcer la cohésion parmi ses membres, et réunir toutes les factions autour d’un idéal de liberté et d’égalité entre Bagumyabanga. Plus que jamais, les conditions pour un tel processus sont favorables et sa réussite jetterait les jalons d’une démocratisation interne qui manque cruellement aux partis politiques burundais. Il en va de la crédibilité même d’un parti qui se dit défenseur de la démocratie (ce qui est pour le moins discutable), mais qui peine toujours à asseoir une culture démocratique dans la gestion de ses affaires internes, ce qui en retour se répercute sur la manière dont ce parti gouverne le pays.

La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

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