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OPINION- Comment je suis entré dans la sécurité du Président Ndadaye *

22/10/2018 La Rédaction Commentaires fermés sur OPINION- Comment je suis entré dans la sécurité du Président Ndadaye *

Par Gratien RUKINDIKIZA

Au Rwanda vers les années 70 et 80, il y avait plusieurs intellectuels burundais réfugiés. Certains faisaient partie des organisations politiques connues d’autres, presque clandestines. UBU était un mouvement politique plutôt de gauche, hors sensibilité ethnique et clandestin. Ce mouvement était réellement patriote et regroupait plusieurs intellectuels hutu ainsi que quelques Tutsi d’une manière clandestine. Ndadaye était parmi les chefs de ce mouvement au Rwanda.

Dans le réseau d’UBU, Ndadaye était dans un cercle comptant des membres de plusieurs pays. J’ai appris qu’un de mes amis, voire plusieurs, faisaient partie du réseau de Ndadaye. Il avait eu l’information qu’un groupe de jeunes, progressistes, sensibles à leurs idées était entré à l’armée dans le but de prendre un jour le pouvoir. C’était un secret connu d’un petit cercle. Je faisais partie de ce groupe, mais je ne savais pas que M. Ndadaye était au courant. C’est lui-même qui me l’a dit un jour. Il m’a avoué qu’il suivait notre groupe depuis l’Athénée de Bujumbura…

Je fais échouer la tentative de coup d’Etat contre NDADAYE sans être membre de sa sécurité

Contrairement à ce qui a été raconté, la nuit 2 et 3 juillet 1993, lors de la tentative d’assassinat du Président Ndadaye, élu, mais non encore investi, je n’étais pas affecté ou membre de sa sécurité. Je me suis retrouvé, par simple rotation, à la garde du palais présidentiel assurée par le district de la gendarmerie de Bujumbura.

Pour renfort, je disposais de deux blindés et de deux mitrailleuses. Sans entrer dans les détails, ce n’est pas l’objet de l’article, je peux dire sans me tromper que le coup d’Etat était dirigé depuis l’Etat major de l’Armée. Mon acte était suicidaire. J’ai été informé que j’étais seul contre tous et que « je devais répondre de mes actes. »

Lors de cette nuit, j’ai parlé au Président Ndadaye pour l’informer et le rassurer. Oui, le rassurer même si je n’étais pas sûr de l’évolution des évènements. Il me connaissait de nom, mais c’était la première fois que je lui parlais face à face.
Ce jour, sa confiance en moi a été renforcée. Je me rappelle de cette phrase : « J’ai confiance en vous RUKINDIKIZA. Vous allez maîtriser la situation ». En bon militaire, j’ai dit : oui, Excellence Monsieur le Président. » Il a eu raison, le coup a échoué.

Le Président NDADAYE réclame que je sois affecté à sa sécurité

L’enjeu majeur du jeune pouvoir était la sécurité. La sécurité pour les Burundais, la sécurité pour le Président. Tout était lié. Le Président Ndadaye en était conscient. Nous en avions parlé le 3 juillet 1993, après la tentative avortée.
Il était conscient que la menace viendra de l’armée et qu’il sera suivi par un autre danger, cette fois de son camp, contre les Tutsi. Pour rappel, à cette époque il n’y avait presque pas d’officiers hutus. Mais aussi il savait que sa sécurité ne pouvait être garantie que par des militaires vraiment patriotes, quelle que soit leur ethnie.

Deux raisons l’ont poussé à exiger ma présence dans sa garde pour évoluer ensuite vers la responsabilité totale de sa sécurité : mes idées de gauche, proches des siennes et aussi pour l’avoir défendu lors de la 1ère tentative de coup d’Etat du 2 au 3 juillet 1993.

Malheureusement, même Président, Ndadaye n’avait pas la mainmise sur l’armée. Ainsi, malgré son exigence, l’armée m’a muté à la sécurité du Premier ministre Sylvie Kinigi. J’ai assuré sa sécurité pendant quelques semaines.

Le Président Ndadaye a finalement tapé du poing sur la table pour exiger que je sois affecté à sa sécurité rapprochée comme il l’avait dit. Finalement, l’armée a dû céder.

Je passe sous silence les réactions outrées, les insinuations, les menaces et des incitations à démissionner de cette charge de la part de ceux qui ne voulaient pas une sécurité choisie par le Président Ndadaye lui-même.

Une exception à la règle : un officier de sécurité qui discute politique avec le Président

Il est rare qu’un officier de sécurité discute de la politique du pays avec le Président dont il assure la sécurité. Mais ma relation avec le Président Ndadaye a été marquée par la confiance dès le départ. C’était un homme qui aimait discuter, comprendre les choses. On échangeait comme si l’on se connaissait depuis plusieurs années. Lors des déplacements, nous discutions et souvent il me demandait mon opinion. Il y avait une grande convergence de vues entre nous.

Nous avons eu plusieurs discussions. C’est ainsi que j’ai appris à le connaître. Je peux dire que Ndadaye a été un Président incompris. Incompris par les siens, au FRODEBU, par les membres des partis de l’opposition et, surtout, par les militaires. Il est mort incompris.

Pour ma part, qu’est-ce que je peux dire de lui…Un « extrémiste hutu », comme on le dit parfois? Non, un patriote burundais. Un Président courageux, intelligent, et fin diplomate qui pouvait recevoir M. Paul Kagame encore rebelle et accueillir aussi l’ancien Président rwandais HABYALIMANA et lui dire ce qu’il pense.

Le Président NDADAYE est mort incompris et son assassinat est même un gâchis terrible. Ceux qui croyaient le tuer au nom des Tutsi le faisaient avec la complicité de certains Hutu sans le savoir.

Ceux qui l’ont tué pour éviter des massacres ont plongé le pays dans une tragédie hors du commun.

Ceux qui l’ont accusé d’avoir un gouvernement incapable de mettre de l’ordre dans le pays ne savaient pas qu’un remaniement complet était prévu justement et qu’il s’apprêtait à renvoyer ces ministres arrogants et inaptes… Il n’aura pas le temps.
Je suis convaincu que les assassins nous ont privés d’un Président patriote, d’un homme qui allait changer et faire avancer le Burundi.

*Gratien Rukindikiza était chargé de la sécurité du président Ndadaye. Il vit en France. Les articles de la rubrique opinion n’engagent pas la rédaction.

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