Culture

Note de lecture/ « Un livre qui insuffle l’espoir »

01/03/2019 La Rédaction Commentaires fermés sur Note de lecture/ « Un livre qui insuffle l’espoir »
Note de lecture/ « Un livre qui insuffle l’espoir »

Dr Nicholls a souhaité partager son appréciation du livre, « Rester Debout » consacré à Pierre Claver Mbonimpa. Pour lui, ce livre pose, entre autres et au-delà du seul cas du Burundi après les Accords d’Arusha, la question de la gestion politique par un régime issu d’une lutte armée.

Be not afraid of greatness. Some people are born great, others achieve greatness, and some have greatness thrust upon them. William Shakespeare, Twelfth Night

Voici un récit, sous forme d’entretiens avec Antoine Kaburahe, journaliste et directeur de rédaction chevronné où le lecteur découvre tant le parcours que la personnalité d’un véritable « grand homme » : Pierre-Claver Mbonimpa. Il appartient, me semble-t-il, à chaque lecteur de déterminer en son âme et conscience à quelle catégorie shakespearienne de grandeur il s’agit désormais de classer cet homme d’exception issu d’un milieu plutôt modeste mais devenu monument vivant, reconnu de par le monde et récompensé à de multiples reprises par des prix honorifiques de qualité.

S’agit-il d’une naissance dans la grandeur, d’une démarche individuelle qui aboutit à la grandeur, ou du destin qui a sélectionné un individu pour lui faire porter le manteau, et par voie de conséquence, endosser la grandeur ? L’on peut objecter, parfois à juste titre, que peu importe la voie mais seuls comptent le résultat et la finalité du parcours. Mais, il n’en demeure pas moins indiscutable que ce parcours se trouve toujours et immanquablement semé d’embûches, tentations, épreuves, déceptions, et peut-être même supplices et quasi-martyr. Aucune de ces étapes n’est étrangère à la vie de Pierre-Claver Mbonimpa qui ne se destinait nullement à une carrière de militant des droits de l’homme mais qui y est parvenu par des chemins détournés y compris et surtout un séjour inopiné et injuste en prison. Faut-il ici rappeler le rôle et la fonction quasi-mythique de la prison en tant que formatrice des consciences lesquelles, une fois éveillées, peuvent conduire vers le dépassement d’une existence toute individualiste vers une mutation/réincarnation privilégiant le destin collectif : le peuple, la nation.

Tel le déroulement d’une tragédie grecque, la vie de Pierre-Claver Mbonimpa se développe selon un schéma où les préoccupations individuelles (emploi, carrière, avancement professionnel …) s’effacent progressivement, ou plutôt très rapidement, au profit d’une lutte en faveur des droits élémentaires de l’être humain au respect et à la dignité tout aussi élémentaires. Nous ne devrions jamais oublier que c’est la 10 décembre 1948 que les 58 états membres qui constituaient alors l’Organisation des Nations Unies ont adopté au Palais de Chaillot à Paris la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont le premier considérant rappelle que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Même si, au moment où ils approuvaient cette Déclaration certains des pays signataires avaient recours à des pratiques des plus inhumaines voire barbares à l’égard des peuples colonisés il n’en demeure pas moins que cette proclamation pose les jalons d’une nouvelle ère (ou plutôt de ce qui devrait l’être) dans les relations humaines. Elle érige la dignité de chaque être humain et ses « droits égaux et inaliénables » au niveau de rempart « de la liberté, de la justice et de la paix ». D’où il s’ensuit qu’il pèse sur les dirigeants de tous les pays une obligation du moins de « moyens » sinon de « résultat » dans l’encadrement, la protection et, bien entendu, la défense rigoureuse et proactive de cette « dignité inhérente ».

Ce récit/témoignage/mémoire d’un homme juste, d’un combattant pour cette élémentaire dignité humaine sur un continent (parmi d’autres) où ce concept peine à se faire reconnaître, surtout par les dirigeants, met en lumière les insuffisances politiques et juridiques qui freinent la progression des droits humains. Or, ils constituent un élément essentiel, voire essentialiste, de la vie humaine au quotidien. Les droits de l’homme font partie intégrante de la démocratie au sens de la règle de droit dans un état régi par le principe de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de chacun de ceux-ci. Il s’agit, ni plus ni moins, du problème de l’intégration et l’incorporation des principes de la démocratie libérale en Afrique. Il n’est pas dit et avéré que ce modèle politique venu de l’Europe et des Etats Unis soit universel, irréversible et adapté à tous les continents en tous temps.

Ce livre pose, entre autres et au-delà du seul cas du Burundi après les Accords d’Arusha, la question de la gestion politique par un régime issu d’une lutte armée. Il semble que les victorieux s’installent immanquablement dans une logique manichéenne : c’est eux contre nous, et puisque c’est nous qui avons gagné, eux ils ont tort, et par voie de conséquence, ils n’ont pas voix au chapitre. C’est le problème du partage du pouvoir politique. Les exemples ne manquent pas en Afrique : l’Angola, l’Erythrée, le Soudan du Sud, le Mozambique, le Burundi, etc., et dans une moindre mesure l’Afrique du Sud après l’apartheid.

Marqué par une lucidité exemplaire ce témoignage nous dépeint, non pas de manière explicite, mais plutôt en filigrane l’importance et l’impact que peut avoir un choix personnel quand il est mis au service d’une communauté. Une fois engagé dans la lutte en faveur des droits de l’homme, Pierre-Claver Mbonimpa s’est scrupuleusement abstenu de faire de la politique partisane et en cela il pose un autre point de réflexion pertinent en Afrique : la place et le rôle des organisations de la société civile. Souvent observées et traitées avec méfiance voire dédain par les pouvoirs et partis politiques, ces organisations occupent un espace socio-économique, juridique, et culturel souvent laissé en jachère par ces mêmes pouvoirs et partis politiques. La montée en puissance des organisations de la société civile appelle, en guise de réaction, la volonté des dirigeants politiques soit de mieux contrôler celles-ci soit de les éliminer. Et surtout lorsque les organisations de la société civile reçoivent des fonds de partenaires étrangers, elles sont très rapidement considérées comme étant à la solde d’entités ou puissances étrangères, et donc constitutives d’une cinquième colonne, cheval de Troie en puissance sinon en réalité.

Souffrance d’un homme, d’une famille, qui reflète et incarne celle de tout un peuple quasi-martyrisé à l’autel des ambitions personnelles et politiques des uns et des autres. L’incroyable cécité stratégique des dirigeants conduit au marasme socio-économique et à l’impasse socio-culturelle, ce qui ne peut qu’alimenter le cycle infernal de violence. Faut-il s’y résigner ? Marquée par l’emprisonnement, l’atteinte à son intégrité physique et morale, une tentative d’assassinat, l’assassinat de son fils et de son gendre, et aujourd’hui l’exil loin de sa terre natale, la vie de Pierre-Claver Mbonimpa, par son parcours exemplaire nous démontre à souhait que, bien que le chemin soit long, sinueux et ô combien dangereux, il peut néanmoins insuffler de l’espoir et même de l’espérance. Telle est, me semble-t-il, la leçon que nous pouvons tous tirer de ce livre. Chez un peuple longtemps méprisé, piétiné, et marginalisé il convient tout de même de regarder vers l’avenir et d’entretenir la flamme de l’inspiration porteuse d’une vie meilleure, une vie qui soit empreinte des principes inscrits dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Saluons donc Pierre-Claver Mbonimpa et Antoine Kaburahe d’avoir eu ensemble la vision et le courage de concevoir et de mener à terme l’idée de ce livre qui devrait constituer un livre de chevet de tous ceux en Afrique qui ont une haute idée des droits de l’homme.

Dr Colin Nicholls
Ancien Représentant de l’UNESCO au Burundi

Lle livre est disponible sur amazon via le lien https://www.amazon.com/s?k=Kaburahe&ajr=0&ref=nb_sb_noss

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