Honneur à quelques battantes

par Amandine Laure Inarukundo, Clarisse Shaka, Bella Lucia Nininahazwe, Eliane Irankunda, Lorraine Josiane Manishatse, Dorine Niyungeko, Sheilla Irambona, Chanelle Irabaruta, Diane Uwimana

Honneur à quelques battantes

Honneur à quelques battantes

Amandine Laure Inarukundo, Clarisse Shaka, Bella Lucia Nininahazwe, Eliane Irankunda, Lorraine Josiane Manishatse, Dorine Niyungeko, Sheilla Irambona, Chanelle Irabaruta, Diane Uwimana
Photos : Amandine Laure Inarukundo, Clarisse Shaka, Sheilla Irambona, Chanelle Irabaruta, Onesphore Nibigira
8 mars 2018

 


Elles viennent de tous les milieux. Des parcours divers. Mais toutes ont cette volonté farouche de voler de leurs propres ailes dans cette société machiste. Pour cette journée riche en discours « féministes », regard sur une petite poignée de battantes.


Irvine Floréale Murame, en guerre contre le chômage des jeunes

Cette entrepreneure dirige Kazi intérim, une agence de placement du personnel intérimaire. Une innovation dans un marché du travail peu dynamique.

Irvine Floréale Murame, l’administrateur directeur général de Kazi intérim.

C’est en 2015 que Kazim intérim a commencé à se charger du recrutement du personnel pour le compte d’autres entreprises. Cette agence se charge du salaire de l’employé et de sa sécurité sociale. « Kazi intérim est l’employeur effectif de l’employé », assure Irvine Floréale Murame.Ce concept étant nouveau, les débuts ont été durs pour cette jeune femme de 24 ans à l’époque.

C’est à l’âge de 18 ans qu’Irvine entre chez U-com, une agence de télécom. Elle s’est rendue compte que la gestion du coût du personnel est une grande charge pour les entreprises. L’intégration des jeunes diplômés dans le marché du travail a aussi inspiré la création de Kazi intérim. « C’est déplorable de toujours voir des appels d’offres où il est demandé d’avoir une expérience de 2 à 5 ans », dira Irvine Floréale Murame.

Des défis ne manquent pas pour Kazi intérim

Au début, Irvine confie qu’elle redoutait d’être à la tête d’une entreprise à 24 ans. Surtout que la plupart de ses collaborateurs étaient plus âgés qu’elle. La confiance en soi lui a permis de se sentir à la hauteur de sa tâche. Irvine a commencé à apprendre de ses erreurs pour avancer et faire avancer son entreprise. Elle s’est également appuyée sur les conseils que lui prodiguaient ses mentors.

Le taux de chômage élevé au Burundi est le 1er défi majeur auquel fait face Kazi intérim. Une main-d’œuvre sous-exploitée à grande échelle est un autre défi. La patronne de cette agence lance alors un appel aux employeurs pour donner une opportunité d’emploi à ceux qui n’ont pas d’expérience professionnelle. En outre, elle insiste sur la qualité de l’éducation qui laisse à désirer. Cette jeune entrepreneure souligne l’importance d’internet pour relever ce  défi.

Irvine Floréale Murame lance un appel à toutes les femmes : « Les femmes sont capables de changer le monde.» La jeune fille leur conseille avant tout de toujours avoir une estime de soi.

Aujourd’hui, Kazi intérim collabore avec la Brarudi, des banques, des pharmacies et des sociétés d’assurance.

Ritha Marie-Ange Kundusenge, du jeu infantile au vrai design

Ritha dans sa maison d’habillement

Créatrice de tenues vestimentaires en tissu-pagne, cette élève de 16 ans fait désormais partie de la nouvelle vague de stylistes de la capitale.

Ritha dans sa maison d’habillement

Robes de soirée, complet, vestes pour femmes et hommes, vêtements pour enfants… du prêt-à-porter de tout genre, en pagne Cotebu, dans « M.A fashion house ». Cette maison d’habillement, située au centre-ville tout près de l’hôtel Dorado, a été ouverte par la styliste, depuis huit mois.

Un simple jeu d’enfants qui s’est transformé en un réel business… Dès l’âge de 6 ans, Ritha regardait toujours, avec un œil critique, chaque visiteur chez elle sur le plan vestimentaire.

Elle s’isolait ensuite dans sa chambre, cahier et stylo dans les mains. Elle essayait de corriger chaque erreur sur la tenue du visiteur en dessinant ce qui aurait pu être meilleur pour lui.

C’est à partir de l’âge de 15 ans qu’elle a pu sortir de ce jeu pour rendre ses dessins réels. A l’aide de sa mère, son principal « manager » et avec ses économies, elle a commencé à en faire du business. Elle dessine désormais des modèles et les fait coudre.

A 13 ans déjà, Ritha avait déjà commencé à habiller des gens. Des mariées la sollicitaient pour qu’elle choisisse leurs tenues moyennant de l’argent. Avec ces économies, elle a pu démarrer ce business, en plus de l’aide de sa mère.

« Unique et spéciale… »

D’une silhouette frêle et longiligne, Ritha dégage pourtant une forte conviction par rapport à son travail, à sa façon de faire. « Je suis unique et spéciale», confiera-t-elle, sûre d’elle.

Elle n’a aucun modèle, aucune référence stylistique. « Toutes mes créations sont le résultat de mes propres idées. »

Seul un extrait du discours de Michelle Obama l’a inspirée force et courage : « Restez toujours fidèle à vous-même et ne laissez jamais personne vous distraire de vos objectifs. » Une pensée qui l’a encouragée à ne pas se fier aux dires de l’entourage. La jugeant de « garçon manqué, gamine, timide… ». Certains «contre succès » ne la croient pas sur cette lancée.

Elève à l’Ecole Kings School, en seconde, business, Ritha trouve aussi assez de temps pour créer des modes. Cela ne l’empêche pas d’établir un parallélisme entre les deux: « Ils ont un lien, rien que par l’entrepreneuriat. C’est grâce à ce cours que j’ai su comment me lancer dans le business. »

Peur d’échouer en classe ? Tant s’en faut. « Il suffit de m’organiser. Tout est au contrôle… » Ritha est prêt à concilier études et business.

Ses parents l’accompagnent d’ailleurs à fond. « Ritha est une fille responsable, intelligente. Aucun motif de ne pas l’encourager », affirme une mère.

A son actif, Ritha a déjà organisé trois « fashion show » aux mois de mai, septembre et décembre 2017. Un autre est prévu pour avril prochain. Des défilés de mode qui mettent en valeur ses créations


Krystal Bella Shabani, derrière la réussite d’une femme, une jeune fille avec des rêves

Krystal Bella Shabani : « J’ai commencé mon business avec un capital de 2000Fbu. »

« Toute petite, je dessinais au crayon des jeunes mannequins portant des robes », se rappelle la créatrice de Krysbel design et propriétaire du restaurant Kabo, Krystal Bella Shabani.

« C’était en 2012, j’avais 19 ans et étais en bac 1. Je faisais un devoir de business plan. Et l’idée de créer mon entreprise a germé». C’est ainsi que Krysbel design, une entreprise de mode, est née.

« Un regard fixé sur mes objectifs, un désir de faire grandir mon business et faire ce que j’aime, sont les trois secrets qui m’ont permis d’avancer, malgré les défis que je rencontrais ».
Et « think big and start small» est sa devise.

Aucun rêve à sacrifier…

La cuisine est l’autre passion de Krystal. Kabo, un bar-restaurant, a ainsi vu le jour, il y a quatre mois. Ce restaurant a la double mission : servir de milieu d’échanges d’idées entre les jeunes et contribuer au développement de son pays.

Krystal n’a pas échappé aux mauvaises langues qui dénigrent la moindre initiative d’une femme. « La société a encore du mal à accepter qu’une femme soit indépendante. Je fais tout pour prouver que la femme peut faire mieux».

Elle adhère tout particulièrement aux propos du prédécesseur de Donald Trump : « Les femmes sont des entrepreneures puissantes. La recherche montre que lorsque les femmes entrepreneures réussissent, elles stimulent la croissance économique et réinvestissent davantage dans leurs familles et leurs communautés.»

Krystal emploie une vingtaine de salariés et éprouve un sentiment de joie et de fierté. « Je suis heureuse de voir des gens qui parviennent à nourrir des familles grâce à mon initiative ».

Son rêve ? Voir ses deux entreprises, Kabo et Krysbel, se créer une place au niveau international.

Darlène Ndorimana, quand le plastique devient accessoire de mode

Je récupère des sachets pour en faire des décorations sur des sandales

Une jeune entrepreneure récupère des sachets et des bouteilles en plastique pour les transformer en sandales, poufs, etc.

Je récupère des sachets pour en faire des décorations sur des sandales

C’est avec un large sourire et une poignée de main ferme qu’elle nous reçoit dans son atelier situé en bas du marché Cotebu. Darlène Ndorimana fait le recyclage des sachets et des bouteilles en plastique. « Je me souviens quand j’ai commencé, en 2014, je faisais des essais chez moi sur des produits pour voir s’ils étaient vendables. » Elle est désormais à la tête de son entreprise RC retraining, créée il y a de cela 3 mois. Mais la fabrication et la vente de ses produits remontent à deux ans.

Avec son diplôme de licence en Droit, elle peine à trouver du travail. « J’ai essayé de me lancer dans la carrière d’avocat, mais je ne gagnais presque rien ». C’est à ce moment-là que Darlène décide de se tourner vers autre chose. Depuis le secondaire, elle dit être par la protection de l’environnement. « A défaut de pouvoir faire le droit de l’environnement à l’université, j’ai pensé à créer mon emploi dans ce domaine. J’ai donc commencé à récupérer des sachets pour en faire des décorations sur des sandales. »

A ses débuts, elle témoigne avoir fait l’objet de moquerie du genre « t’es devenue une cordonnière ?». Mais elle a pu compter sur le soutien de son oncle. « Il m’a coaché, soutenu et guidé dans mon projet alors que les autres pensaient que je perdais la tête. C’est lui mon modèle d’inspiration».

Objectif : recycler tous les déchets de la capitale

Darlène dit en riant qu’elle a poursuivi la concrétisation de son rêve. «J’ai pu employer sept femmes de la commune Busiga de la province Ngozi. Je les ai formées dans la récupération et le tissage des sachets. J’emploie aussi un jeune homme dans la fabrication et la vente de mes produits ».

Concernant ses ventes, elle indique encaisser un bénéfice de 3000 Fbu sur chaque produit. « Avec 100 produits écoulés par mois, je touche donc 3 millions.» Pourtant, elle fait face à des défis.

Elle cite notamment une clientèle insuffisante : « Les Burundais ont un pouvoir d’achat faible.»

En outre, elle doit faire face à la rude concurrence étrangère. Les sandales en provenance du Kenya sont moins chères que les siennes, car elle est obligée d’importer la matière première.

Darlène projette d’agrandir son entreprise pour créer plus d’emplois. Son objectif est « d’enlever tous les déchets de la capitale pour un recyclage. Je ne veux pas me limiter seulement à la récupération des sachets et des bouteilles en plastique.» Ainsi, elle espère que cela aura un impact remarquable sur l’environnement et contribuera à l’essor économique du pays à travers le paiement des taxes et impôts.

Cette jeune entrepreneure exhorte les autres jeunes à oser entreprendre à l’instar de ceux de l’Ouganda très actifs. Elle demande à l’institution chargée de la création d’entreprise de réduire les frais de création de sociétés pour les jeunes entrepreneurs.

Inès Nshimirimana, pour les pauvres et les nécessiteux

Ines Nshimirimana distribuait des kits hygiénique aux femmes de Makamba

Initiatrice de la ‘Fondation Ineza’, cette jeune fille de 23 ans envisage élargir son projet d’aider les démunis malgré ses moyens financiers limités.

Ines Nshimirimana distribuait des kits hygiénique aux femmes de Makamba

Née d’une famille aisée, elle veut toujours partager avec les autres, surtout les pauvres. Etudiante dans une université en dehors du Burundi, elle a pu organiser plus de dix actions humanitaires envers les personnes les plus démunies, plus spécialement les enfants et les femmes.

Elle raconte qu’elle a mené la première action humanitaire en avril 2017 où elle a distribué de la nourriture et du matériel scolaire à l’Association des Enfants de Gitega grâce à l’argent collecté auprès de ses amis.

C’est après que lui est venue l’idée de créer un cadre permanent d’assister les personnes vulnérables. « Après, je me suis rendue compte qu’il était possible d’aller plus loin et de faire plus. C’est ainsi que j’ai créé la Fondation Ineza, mon projet de rêve que je veux continuer si Dieu me le permet.» Depuis lors, c’est le tour des actions humanitaires envers les enfants des quartiers de Bujumbura : Kamenge, Kinama, Musaga, Buterere et Kanyosha.

En février dernier, Nshimirimana a mené une action auprès des femmes réfugiées dans la zone Gakara, en commune Mabanda, province de Makamba. Une action sociale qui consistait à sensibiliser les femmes sur l’hygiène corporelle. En marge des enseignements, elle a donné aux femmes savons, bassins et nourriture.

Une valeur héritée de ses parents

Comme elle l’indique, sa première passion est de partager avec les pauvres « C’est l’une des valeurs apprises de mes parents, plus particulièrement mon père.» Elle précise que la grande part de l’argent qu’elle utilise pour réaliser ses projets lui vient de sa maman.

Toutefois, elle ne manque pas de problèmes notamment le manque de financements. Selon elle, le projet relatif à l’hygiène féminine exige beaucoup de moyens financiers qu’elle ne peut avoir à elle seule. « Faire toujours recours aux amis me semble parfois comme un fardeau que je leur mets sur le dos. J’aurais vraiment aimé réaliser mes projets par mon propre compte, mais ma capacité financière ne me le permet pas vu que je suis encore étudiante. »

Vanessa Kaneza, pour la détente et le divertissement

Vanessa encadre ses clients à Kina game world.

En 2014 la belgo-burundaise, Vanessa Kaneza est rentrée de la Belgique. Trois ans après, elle met en place une salle de jeux vidéo, une première au centre-ville de Bujumbura. Le début semble marcher même si des défis ne manquent jamais.

Vanessa encadre ses clients à Kina game world.

Vanessa Kaneza est née au Burundi en 1990. Aînée d’une fratrie de 2 enfants. Toute petite, elle a quitté le Burundi avec ses parents en 1993 pour l’Ouganda et deux ans après, elle a vécu en Tanzanie. En 1997, sa famille est allée s’installer en Belgique. Elle fait l’école primaire ayant déjà la nationalité belge.

En 2004, elle rentre au pays et entame le collège à l’école internationale .

En 2010, cette belgo-burundaise est retournée en Belgique pour l’université qu’elle n’a pas malheureusement terminée. Elle fait aujourd’hui le marketing à distance.

Fin 2014, Vanessa est encore une fois rentrée au Burundi, cette fois-ci avec une idée dans sa tête de faire du business. En juillet 2017, une idée d’entreprendre pour quelque chose d’original l’envahit. Inspirée par l’enfance de son frère, qui trouvait du plaisir dans le jeu vidéo, la jeune dame ouvre alors une salle de jeu vidéo, « Kina game world. » Une toute première au centre-ville de Bujumbura. Pour Vanessa, c’est un espace de détente et de divertissement à toute catégorie d’âge.

Manettes dans les mains pour les Playstations 4, l’ambiance est bonne dans cette petite pièce.

Certains sont concentrés à leurs écrans. De part et d’autre, des soupirs, des cris de joie non exagérés jaillissent. C’est un mardi après-midi. Ils sont adolescents qui rentrent de l’école et étudiants qui ne sont pas allés à la faculté.

Vanessa est toujours à la caisse, mais elle fait aussi avec ses deux employés, l’encadrement à ses clients sauf les dimanches.

Collégiens et lycéens y passent pour 10 ou 20 minutes avant de rentrer à la maison. Souvent, ils jouent en duo un jeu à leur goût. C’est plutôt le foot qui intéresse la majorité. « Les jeux sont plus de quinze. Ils peuvent être joués sur 6 consoles. Une séance varie entre 1 000 et 2000 Fbu », fait savoir Mme Kaneza.

Pour un début, ça marche, mais…

La salle est pleine depuis 14h jusqu’à 16h, constate la propriétaire de Kina game world.

Elle n’a pas oublié les filles et les femmes ne fréquentent pas la salle de jeu vidéo. Elle a acheté des jeux plus féminins comme des chorégraphies à imiter, du tennis, etc.

A.S, 12 ans, vient dans cette salle 5 jours sur 7 pour environ 15 minutes après l’école. Une façon de se détendre après plusieurs heures de classe. Pareil à I.G et sa sœur, élèves au lycée Notre Dame de Rohero. Avant de prendre un bus pour leur quartier, ils y passent jouer une à deux séances. Eux, c’est la course à moto qui les attire.

Les enfants en situation de rue sont aussi présents dans cette salle. Tantôt, ils paient, tantôt, ils jouent gratuitement avec la permission de la patronne.

Le business semble marcher, mais des fois, les coupures du courant électrique perturbent le business. La salle a déjà fermé au moins trois fois pendant ces 4 mois de fonctionnement. Madame Kaneza craint des délestages qui pourront mettre à terme son business. « Je ne suis pas encore arrivée au stade d’acheter un groupe électrogène. » Mais si la chance lui sourit, elle espère pouvoir ouvrir une très grande salle de jeu vidéo avec plus de consoles. Pourquoi pas ouvrir d’autres salles dans d’autres endroits. ? Elle compte aussi s’investir dans le cinéma, car, estime-t-elle, le terrain est vierge.

Viola Niyokwizigirwa : « Mon rêve est de contribuer à la réduction du chômage»

Viola Niyokwizigirwa en train de tricoter dans son atelier.

Assise, fil et aiguille à la main dans son atelier de tricotage à Kamenge, Viola Niyokwizigirwa, 25 ans, raconte la genèse de son aventure entrepreneuriale : « En 2016, j’ai eu mon diplôme en génie civil et comme je ne trouvais pas un emploi, j’ai cherché quelque chose à faire pour ne plus dépendre de mes parents. Et je me suis tournée vers le tricotage. »

Viola Niyokwizigirwa en train de tricoter dans son atelier.

Elle confie avoir commencé par essai-erreur, en 2017. « J’ai fini par faire de bons produits, car les gens les achetaient et les commandes affluaient ».

Depuis lors, Viola confectionne des boucles d’oreilles, des sacs à main, des chaussons pour bébé ainsi que des chaussures à base de fils en plastique. Elle parvient à en vivre et dépanne ses parents, le cas échéant.

La jeune femme s’est entourée de six jeunes qu’elle a formés pour ouvrir son atelier. Ces jeunes apprécient son initiative, à l’instar de Jean Nahimana: « N’eût été l’initiative de Viola, j’étais condamné à devenir un délinquant, faute de pouvoir décrocher un boulot, après mes études. Aujourd’hui, je ne suis plus une charge pour personne.»

Viola estime que les jeunes ne devraient pas s’attendre à être embauchés aussitôt qu’ils terminent leurs études. Elle compte enseigner ce métier à d’autres jeunes pour qu’ils puissent s’en sortir. « C’est un vieux rêve, je veux contribuer dans la diminution du chômage. »

Elle déplore que certains clients passent des commandes pour ensuite disparaître dans la nature.

Après un an d’activités, Viola confie avoir un bénéfice de 400 000 Fbu par mois. Elle a aussi formé d’autres jeunes qui travaillent dans un atelier qu’elle a ouvert à Gitega, sa province natale.

Allégria Nduwimana, protéger l’environnement à tout prix

Ne plus utiliser des sachets en plastique qui polluent l’environnement et privilégier les emballages écologiques, tel est le pari d’Allégria Nduwimana.

Satisfaire notre clientele est Notre priorite”

Fondatrice de DB Trade [du prénom de son père(David) et du nom de sa mère(Bukuru)], Allégria fournit des emballages en carton. « Je veux que les gens aient cette habitude d’utiliser des emballages écologiques parce que les sachets en plastique polluent l’environnement », affirme-t-elle.

Cette lauréate du baccalauréat en marketing à l’Université Hope s’est lancée dans l’entrepreneuriat avec un capital de 6000 Fbu. « J’avais des clients qui commandaient deux à cinq emballages ». Au début, elle devait livrer la commande à domicile.

Allégria a persévéré jusqu’à collecter 400$, pouvant ainsi partir à Kampala (Ouganda) pour se procurer des matières premières et acquérir des connaissances en la matière.

Grâce au bouche à oreille, elle décrochera une commande de fabrication d’emballages pour pizzas.
« Je n’avais jamais essayé de faire des emballages pareils, mais je n’ai pas voulu rater une telle occasion ». Et d’enchaîner aussitôt : J’ai réussi grâce à l’expérience que j’ai eue à Kampala et au dessin scientifique ».

Cette patronne de DB Trade travaille avec sept employés, dont deux permanents et cinq venant en renfort si les commandes sont nombreuses. « Nous devons respecter le deadline fixé afin de satisfaire notre clientèle ».

Elle fait savoir que pour une commande de 500 emballages, trois jours suffisent pour la livrer. « Nous travaillons de 7h 30 à 15h 30. Mais parfois, je prolonge jusqu’à 21h et me lève à 5h pour le design ».

Cette jeune entrepreneure fait remarquer que le manque d’industrie de papeterie au Burundi est un défi : « Je suis obligée de me rendre à Kampala pour me procurer des matières premières, ce qui se répercute sur le prix de mes emballages ».

Allégria souhaite un jour pouvoir fournir ses emballages écologiques sur tout le territoire du Burundi et créer des emplois pour jeunes. « Pour le moment, je fais une production de 120 emballages par jour ». Les prix de ces emballages varient entre 800 et 8000 Fbu.

Linka make up, lentement mais sûrement

Linka Nahimana : « Au départ je voulais me faire un peu d’argent de poche »

Détentrice d’une licence en business administration, Linka Nahimana n’a pas attendu avoir un travail. Elle s’est tout de suite lancée dans le business du maquillage.

Linka Nahimana : « Au départ je voulais me faire un peu d’argent de poche »

Agée de 23ans, cette jeune fille affirme que dès son enfance, elle a toujours aimé le maquillage : « Je maquillais mes sœurs et leurs amies gratuitement lors des fêtes. »

Un cours d’entrepreneuriat à l’université l’a poussé à s’investir dans le make-up : « Le professeur nous a dit que pour commencer un business, il ne s’agit pas d’avoir une plus grosse idée avec un gros budget, mais plutôt savoir vendre cette idée. »

Elle a commencé à maquiller les gens dans des mariages justes pour se faire un peu d’argent de poche. « La demande a été grande. Avec l’argent que j’obtenais, j’ai décidé d’en faire mon métier. »

Connue sous la marque Linka Make-up, elle offre tout genre de maquillage « pour les fêtes de mariage, les dots, les soirées dansantes, les cocktails, etc. »

Dans son studio le coût par personne est de 25 mille Fbu, 40 mille Fbu si elle rejoint sa cliente à la maison. Pour perfectionner son savoir-faire, elle s’est inspirée des vidéos des maquilleuses professionnelles sur You tube.

Au début c’était très difficile : « J’avais juste un fond de teint, un crayon, une boîte de fards à paupières et 3 brosses. Avec le temps, j’ai demandé à mes amies qui sont à l’étranger de m’envoyer quelques produits. »

Le début d’une carrière professionnelle

A la fin de ses études universitaires, Mlle Nahimana a eu un contrat avec miss Burundi 2017. « Avec l’argent récolté, j’ai pu ouvrir mon studio de maquillage ».

Désormais, souligne-t-elle, je peux payer le loyer de mon studio, acheter les produits que j’utilise et avoir mon propre profit.

En mai 2017, elle a eu une formation de deux jours dans une maison de beauté « Mona Make-up Studio » à Kampala en Ouganda

Cadette d’une fratrie de trois enfants, elle indique qu’au départ, sa famille avait refusé de financer son projet. « Mais, ils ont tout de suite changé d’avis après avoir vu le profit que j’ai tiré avec mes premières clientes. »

En août 2017, elle a également participé à l’évènement ‘women words and wine’ en tant que maquilleuse

Linka make-up Studio a eu l’occasion de travailler dans des concerts et avec des stars burundaises pour leurs clips vidéo. Entre autres Big fizzo dans le clip « Urambabaza » et Masterland dans « Alima ».

Comme défis, elle estime que le maquillage n’est pas dans la mentalité des femmes burundaises. Et de conseiller : «Quand une femme se sent jolie, ça affecte positivement son humeur. »

Son projet futur est d’agrandir sa maison de beauté aux quatre coins du pays.

A part un jeune garçon de 15 ans qui fait le ménage dans ce studio, Linka travaille seule. « J’aimerais avoir une assistance qui m’aide de temps en temps.»

Elle conseille aux jeunes entrepreneurs d’éviter les gens qui leur donnent une opinion négative ou qui critiquent leurs initiatives : « On a besoin de gens qui nous font avancer. »

Forum des lecteurs d'Iwacu

2 réactions
  1. CQJC

    Madame Allegria, je tiens sincerement a vous presenter mes vives felicitations. Votre projet est d’avenir parce que l’utilisation extensive du plastique fait encourir des risques environnementaux et pour la sante. Si jamais on organisait le concours de ces projets, le votre serait cote premier. Encore une fois, bravo.

  2. John

    Bravo ! Les Filles et Femmes. Allez de l’avant.

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