Politique

Lettre à Museveni vs Epître à Nkurunziza

24/12/2018 Abbas Mbazumutima Commentaires fermés sur Lettre à Museveni vs Epître à Nkurunziza
Lettre à Museveni vs Epître à Nkurunziza
Jean-Claude Karerwa Ndenzako : « Au sommet prévu pour le 27 décembre, le gouvernement burundais sera représenté de même que ses intérêts»

Le porte-parole du chef de l’Etat burundais est revenu, samedi 15 décembre, sur les échanges par voie épistolaire entre le président Nkurunziza et son homologue ougandais. Il parle de fuite et la condamne.

«Les lettres officielles échangées entre le chef de l’Etat, Pierre Nkurunziza et son homologue ougandais, Yoweri Museveni, sont incontestables. Mais c’est la façon dont ces dernières ont été rendues publiques, qui pose problème», a tenu à préciser Jean-Claude Karerwa Ndenzako, porte-parole du président Pierre Nkurunziza.

Un brin d’humour, même si le sujet ne s’y prête pas : «Je suis croyant et je dis toujours à ces prédicateurs qui nous lisent des Epîtres des Apôtres dans les églises que ces actes sont préjudiciables. Mais je ne sais pas si la loi finira par punir ceux qui lisent les Lettres de Saint-Paul aux Corinthiens ou aux autres».

Pour ce qui est de ces correspondances entre chefs d’Etat, qui fuitent avant même d’arriver à destination, dénonce-t-il, nous sommes en train de mener des enquêtes parce qu’il s’agit d’un délit.

Il rappelle l’usage en la matière : « Une correspondance envoyée à un chef d’Etat n’a d’autre destinataire que ce dernier. Libre à lui de répondre ou de désigner une équipe pour définir les modalités de réponse».

Au vu de ce qui s’est passé, insiste-t-il, il est clair qu’il y a eu des fuites préjudiciables de haut niveau, dépassant l’entendement en matière de secrets d’Etat. «Certains pays ont mis sur pied des lois pour lutter contre ce genre de cybercriminalité».

Mais le porte-parole du président Nkurunziza reconnaît l’authenticité des deux correspondances et souligne leur caractère indubitable : « Il ne s’agit pas d’un acte d’usurpation d’identité d’un pirate qui s’est mis dans la peau du président pour envoyer une lettre à son homologue. Non, ce sont bel et bien des correspondances officielles échangées entre chefs de l’Etat.»

« Le chef de l’Etat ne s’est jamais retrouvé décontenancé… »

Il relève le fait que «le président de la République du Burundi n’était pas dépassé par les événements quand il a rédigé cette lettre au chef de l’Etat ougandais ». Même pour la correspondance de ce dernier, soutient-il, il n’y a rien de décontenançant.

En outre, ce responsable de la communication présidentielle vante la forme de la missive présidentielle : « La lettre écrite par notre chef de l’Etat était une belle lettre, ceux qui l’ont lue l’attestent.» Il y avait la vérité sur le Burundi, souligne-t-il, toute la vérité sur ses relations avec les pays de la région a été dite. 

La vérité, fait-il remarquer, c’est une arme à double tranchant : elle peut faire du bien quand elle vous couvre ou mal quand elle met à nu certains desseins. « C’est ce que nous avons constaté, le président ougandais a mal interprété le contenu de la lettre de son homologue».
Quand les écrits vont droit au cœur, observe-t-il, cela signifie que la mission a été bien accomplie. Du reste, il assure qu’ils ne vont pas continuer à échanger des correspondances.

Ils ont d’autres moyens comme des sommets, le téléphone, des entrevues, l’envoi d’émissaires. Et de réitérer son démenti : « Le chef de l’Etat ne s’est jamais retrouvé décontenancé, suite à cette correspondance du président ougandais. »

M. Ndezako fait savoir que le président Nkurunziza ne s’est même pas encore exprimé sur cette lettre de son homologue. «C’est possible qu’il n’y ait pas nécessité d’y donner une suite, seules les actions comptent».

Quant à ce sommet prévu pour le 27 décembre, le gouvernement burundais sera représenté de même que ses intérêts. « Il n’y a aucun mal si le chef de l’Etat en personne ne se présente pas à ce sommet. Mais s’il juge que sa présence est primordiale, il prendra part à ce sommet ».


Bujumbura joue à l’apaisement

Bujumbura met de l’eau dans son vin. «Le gouvernement burundais sera représenté de même que ses intérêts», a annoncé le porte-parole du président Nkurunziza, Jean-Claude Ndenzako, évoquant le sommet ordinaire des chefs d’Etat de l’EAC du 27 décembre prochain.

Son exigence d’un sommet extraordinaire sur le « conflit ouvert entre le Burundi et le Rwanda », comme préalable a fait long feu, passant à la trappe dans la catégorie mouvements d’humeur. Et ce chef de la communication présidentielle de s’empresser de donner sa lecture de son annonce en plein bras de fer présidentiel : «Le chef de l’Etat ne s’est jamais retrouvé décontenancé, suite à cette correspondance du président ougandais».

L’option de l’apaisement dans les relations entre Bujumbura et le patron de l’EAC est clairement privilégiée. Et pour cause, le ‘’rappel à l’ordre’’ du président Museveni à l’endroit de son homologue burundais sonnait comme la réponse du berger à la bergère, insistant sur une conquête du pouvoir du Cndd-Fdd «grâce à un accord de paix arraché au pouvoir de l’époque par la médiation de l’EAC ».

Le chef de l’Exécutif burundais, droit dans ses bottes, avait joué cartes sur table, dans sa lettre du 4 décembre au président ougandais, réitérant sa position sur les « putschistes et les terroristes».

Le « 5ème et dernier round du dialogue » devrait permettre de « partager la feuille de route pour les élections de 2020 déjà acceptée et signée par tous les partis politiques».

Et le président Nkurunziza d’enfoncer le clou : « Je tiens à préciser qu’il n’existe pas de parti politique en dehors du Burundi, mis à part les individus recherchés par le pouvoir judiciaire burundais qui prétendent être des dirigeants politiques.»

Cette radicalisation de Bujumbura exclut le « rendez-vous du donner et du recevoir » impliquant la reconnaissance par toutes les parties prenantes de l’autre comme protagoniste à part entière d’une crise dans l’impasse.
«Le gouvernement aime le dialogue, à condition que ce soit avec lui-même», dixit Richard Moncrieff, directeur Afrique centrale de l’ICG, dans une interview accordée à Jeune Afrique, publiée le 4 décembre 2017, sur les enjeux du nouveau calendrier électoral en RDC.

Ces mots, au regard de cet acte III de cette guerre épistolaire, semblent d’une criante actualité pour le gouvernement burundais, à six jours du prochain sommet des chefs d’Etat de l’EAC à Arusha.

Au moment où nous mettons sous presse, le secrétaire général adjoint de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est, Christophe Bazivamo, a annoncé que le sommet des chefs d’Etat de cette communauté ne se tiendra pas le 27 décembre prochain.

Guibert Mbonimpa

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