Environnement

La RN3, l’oubliée…

20/09/2018 Hervé Mugisha Commentaires fermés sur La RN3, l’oubliée…
La RN3, l’oubliée…
Depuis la catastrophe de 2015, Kijejete reste impraticable

Jadis incontournable car pratique, aujourd’hui, emprunter la route nationale numéro 3 est un calvaire pour les usagers devant slalomer entre de géants nids de poule. Le gouvernement avait promis sa réhabilitation depuis 2015.

Pour la plupart des usagers de la RN3, c’est presque devenu un chemin de croix quotidien. Mais faute d’une autre alternative, ils ont fini par s’y faire.

Dimanche, 15 h, contrairement à l’accoutumée, le parking de l’agence Buragane se trouvant au quartier Kibenga (sud de la capitale) ne grouille pas de monde. Les passagers sur place sont en partance pour Rumonge. Sur leurs visages, outre qu’ils sont pressés de partir, une peur s’y lit. Ils redoutent d’arriver tard dans la soirée. « L’état de la route est imprévisible, imaginez qu’il pleuve pendant que nous sommes encore en cours de route…», lâche Gaston, un natif de la commune Minago, province Rumonge. Heureusement, après dix minutes le bus prend son départ.

Dans le bus, l’aide-chauffeur, un peu farceur , leur demande s’ils sont prêts à dormir en bordure du lac Tanganyika. En cours de route, il leur raconte qu’il y a deux jours pareil cas s’est produit. Paradoxalement, une situation nullement à redouter. En quittant Bujumbura jusqu’à l’entrée de la commune Gitaza (Bujumbura), la route est parfaitement bien goudronnée. Ce n’est qu’après environ 25 km de route que le trajet se corse. Le début de la galère.

En ce dimanche, à bord du bus se trouve une femme enceinte. Sa destination : Rumonge centre. Plus d’une heure et demie à endurer les secousses, à chercher le bon côté sur lequel s’asseoir pour éviter de faire mal au bébé. Durant tout le voyage, ses voisins l’aideront à atténuer les secousses inévitables en cherchant à contourner les béants nids de poules sur la partie de la route qui mène à la commune Muhuta.

Kijejete, l’endroit de tous les dangers

Des maisons, des kiosques,pancartes… qui seront détruits pour
agrandir la route ont été déjà estampillés

Situé à l’encablure de la commune Muhuta (environ 60 km de la capitale), de toute la partie délabrée de la RN3, c’est l’endroit de tous les risques. Outre qu’il soit jonché de pierres, carrières, etc., son sol est boueux. Du coup, enclin à des inondations en cas de pluie. « Heureusement qu’il n’a pas plu. Sinon, le bus allait s’embourber », observe un passager, la quarantaine.

Là-bas, les gigantesques nids de poules ont cédé aux étangs géants. Pour passer, les voitures de transport communément appelée Probox et les bus type «Hiace» doivent faire d’interminables manœuvres afin de contourner ces véritables cratères. Parfois le passager est mis à contribution pour sortir la voiture de la boue.

En cet après-midi, deux bulldozers s’activent à quelque 20m pour dégager la route. Le chauffeur confiera que, n’eût été cet exercice, les inondations et les bouchons seraient récurrents en cas de pluie.

L’heure prenant le dessus, le chauffeur met un coup d’accélérateur. Au sortir de la commune Muhuta, à l’entrée de la commune Bugarama, les gros cailloux ne sont plus amoncelés. Ceci rend la route quelque peu praticable. Mais l’endroit évoque un triste souvenir. En mars 2015, l’éboulement de cette montagne a emporté des centaines de vies humaines. Malgré le calme qui règne dans le bus, Willy, un des passagers, lâche : « Si l’administration locale ne sensibilise pas la population sur la nécessité du reboisement, le pire est à redouter. »

Heureusement, à certains endroits, le travail de sensibilisation de l’administration locale commence à porter ses fruits. En guise d’exemple, le tronçon de plus de 10 km Bugarama-Minago est dorénavant praticable grâce aux travaux communautaires.

Le début des travaux pour bientôt ?

 

Vincent Nibayubahe : « Si rien ne change d’ici 2019, les travaux de réhabilitation auront débuté. »

Outre la circulation des personnes, le piteux état de la RN3 empiète sur la bonne circulation des marchandises. Considérée comme un raccourci, l’activité commerciale via cette route tend à diminuer. «Une situation qui doit trouver une réponse au plus vite sous peine de voir nos recettes chuter », affirme H.N., un employé de l’hôtel Tanganyika BlueBay Resort. Bien que nos recettes ne soient pas au rouge, assure-t-il, l’affluence des touristes va decrescendo. «La RN1 (route Bugarama) tend à devenir leur route prédilection. À mon avis, une aberration, parce que le lac Tanganyika devrait être la destination la plus que ces autres sites».

Même rengaine pour les propriétaires des voitures de transport desservant les provinces de Rumonge et de Makamba. N.A., un chauffeur, avoue que d’ici peu, si rien n’est fait, ils vont jeter l’éponge. Nous travaillons à perte, explique-t-il, nos voitures sont souvent en réparation au garage.

Quant à Juvénal Bigirimana, gouverneur de Rumonge, il assure que les préparatifs de reconstruction de la route sont à un stade avancé. D’ici peu, les travaux vont débuter. « Les maisons, kiosques qui seront détruits pour agrandir la route ont été été déjà marqués ». Et d’ajouter aussitôt : « Maintenant nous étudions comment leurs propriétaires seront indemnisés dans le strict respect de la loi ».

Des propos que confirme Vincent Nibayubahe, directeur général l de l’Office des routes. Devant être réhabilitée en trois temps, c’est-à-dire le tronçon Nyanza-lac-Rumonge, Rumonge- Gitaza et Gitaza-Bujumbura, il indique que la phase actuelle est au stade de lancement des appels d’offres pour le marché. «Via une convention qu’on a appelée ‘Aide-mémoire’, les bailleurs, en l’occurrence le fonds koweïtien et saoudien, pour le 1er tronçon, la Banque Africaine de Développement pour le 2ème et la Banque Mondiale pour le 3ème, tous ont déjà donné leur accord de principe. Ceci pour dire qu’il ne reste qu’apposer la signature le moment venu». De quoi entrevoir, conclut-il, un possible début des travaux dès 2019.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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