Santé

Carnage de Ruhagarika : la population toujours traumatisée

22/05/2018 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Carnage de Ruhagarika : la population toujours traumatisée
Carnage de Ruhagarika : la population toujours traumatisée
Les victimes ont été inhumées au cimetière de Ruhagarika.

Dix jours après le massacre de 24 personnes sur la colline Ruhagarika, commune Buganda en province Cibitoke, les habitants de cette localité veulent la lumière sur ce carnage. Ces derniers sont toujours traumatisés et demandent plus de sécurité sur la frontière burundo-congolaise.

L’enterrement des victimes a eu lieu mardi 15 mai 2018. C’était un moment de vives émotions. Les cercueils sont arrivés au cimetière de Ruhagarika à 14h. C’était une vision horrible pour les familles des victimes.

Certains ont voulu se jeter sur les cercueils. D’autres se jetaient par terre. Enfants, femmes, hommes pleuraient à chaudes larmes. C’était insupportable. L’assistance était tétanisée. La Croix-Rouge avait été mobilisée pour aider les familles. Toutefois, elle a été débordée car la douleur était trop forte. La police a été obligée de donner un coup de main. Certains membres des familles des victimes ont perdu connaissance. La Croix-Rouge a été obligée de les évacuer à l’hôpital.

Le gouvernement avait dépêché plusieurs personnalités. Il s’agit du président du Sénat burundais, Révérien Ndikuriyo, du ministre de l’Intérieur, Pascal Barandagiye, du ministre de la Défense, Emmanuel Ntahomvukiye, du ministre de l’Energie et des Mines, Côme Manirakiza, du ministre de l’Enseignement Supérieur, Gaspard Banyankimbona, du secrétaire général du parti Cndd-Fdd, Evariste Ndayishimiye, et du patron du Service national de renseignement (SNR), Etienne Ntakirutimana.

Certains ambassadeurs accrédités au Burundi, entre autres l’ambassadeur des Etats-Unis, le Coordonnateur résident du Système des Nations unies au Burundi, le Nonce apostolique, l’ambassadeur de la République de Russie, l’ambassadeur du Kenya, étaient présents. Aussi des partis et formations politiques, comme la Coalition Amizero y’Abarundi et Sahwanya Frodebu Nyakuri.

Retour sur le carnage

Dans la nuit du 11 mai 2018, un groupe d’hommes armés a lancé une attaque sur la colline Ruhagarika. C’était aux environs de 22h. «J’ai entendu beaucoup de coups de fusils. Je me suis terré dans la maison. Je n’ai pas osé sortir», raconte Sylvane Ntakonkibigira. Selon les témoignages, ces assaillants ont passé porte à porte pour massacrer les gens. «Ils ont utilisé des fusils. Ils avaient aussi de l’essence qu’ils ont utilisé pour brûler certains cadavres.»

Les habitants assurent que ce groupe d’assaillants a traversé la rivière Rusizi, après ce carnage, pour s’enfuir en RDC. Le premier bilan annoncé fut de 26 morts et 7 blessés. Parmi les victimes, on déplorait alors 11 enfants de 3 mois à 14 ans (3 fillettes et 8 garçons), 5 femmes, 5 hommes ainsi que 5 jeunes filles de 19 ans à 23 ans.

D’après les témoignages, la population avait remarqué, vers 18h, des hommes suspects qui rôdaient dans les environs. «Ils portaient les anciennes tenues militaires et se comportaient d’une manière bizarre», confie un habitant de Ruhagarika. Ces habitants affirment qu’ils ont alerté la position militaire qui se trouve à une centaine de mètres de la localité. «Ce qui nous fait très mal, c’est que nous n’avons pas été secouru.» D’après eux, l’intervention a été faite par des forces de l’ordre venues du chef-lieu de la province.   La population demande plus de positions militaires pour sécuriser la zone.

« Il y a déjà eu des arrestations »

Dans son discours, le jour de l’enterrement, le gouverneur de la province Cibitoke a remercié le gouvernement de l’honneur qu’il a réservé aux victimes.

Quant au ministre de l’Intérieur, Pascal Barandagiye, il a condamné lui aussi ce massacre. « Le groupe qui a fait cela n’est pas un mouvement rebelle. C’est un groupe terroriste. Que personne ne cherche à le qualifier autrement. Un groupe rebelle ne tue pas des enfants. » C’est le moment, poursuit-il, de dire aux Burundais et à la communauté internationale que le Burundi n’est pas en guerre. « Le pays est en paix. Que personne ne fuie ».

M. Barandagiye a fait savoir que le gouvernement ne ménagera aucun effort pour traquer et traduire devant la justice ce groupe terroriste. « Nous sommes en train de travailler avec le gouvernement congolais et cela se présente bien. Je peux affirmer sans me tromper qu’il y a déjà eu des arrestations ». Et de conclure que le gouvernement restera aux côtés des familles.

Toujours des questions

Chez la population du village, l’émotion est toujours là. Les rescapés se posent des questions. Dans toutes les conversations revient l’attitude de la position militaire qui n’a pas secouru la population lors de l’attaque. «On se pose jusqu’à maintenant la même question», répond un rescapé.  «On aimerait avoir une réponse un jour», renchérit un autre.

Le représentant des familles des victimes a demandé à ce que les forces de l’ordre soient multipliées sur la frontière burundo-congolaise. « Nous sommes toujours traumatisés par cette attaque. Quand arrive le soir, nous avons peur ». D’après les informations à Ruhagarika, les habitants craignent toujours une nouvelle attaque. «Les enfants ont peur quand ils voient des militaires. Ils pensent que ce sont les mêmes gens qui reviennent pour attaquer».

Signalons que le procureur général de la République, Sylvestre Nyandwi, a mis en place une commission d’enquête judiciaire pour identifier les commanditaires et les auteurs de ce massacre. Un délai d’un mois lui a été accordé.

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