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| 50 ans après, PORTRAITS | Michel Kayoya, le visionnaire

05/05/2013 La Rédaction Commentaires fermés sur | 50 ans après, PORTRAITS | Michel Kayoya, le visionnaire

<img4430|right>Né en 1934 à Kibumbu (Mwaro), le futur abbé fréquente le Grand séminaire de Burasira, puis la Société des missionnaires d’Afrique à Heverlee (Belgique). Il est ordonné prêtre en 1963, avant de passer à l’École missionnaire pour l’action catholique et l’action sociale – Ecamas de Lille (France), spécialisée dans l’apostolat en milieu populaire et ouvrier. Recteur du Petit Séminaire de Mugera en 1967, il sera nommé en 1970 Économe général du diocèse de Muyinga. Promoteur de plusieurs associations de débat culturel et de réflexion chrétienne (tels le Centre culturel du Buyogoma pour la promotion de l’élite, fondé à Rusengo en 1963, ou l’Union du clergé incardiné créée l’année suivante à Muyinga), le mérite de l’abbé Kayoya est d’avoir posé, très tôt, la question de la rencontre entre la tradition burundaise et le monde occidental.

Un travail décliné dans ses deux ouvrages, {Sur les traces de mon père. Jeunesse du Burundi à la découverte de valeurs} (1968) et {Entre deux mondes : sur la route du développement} (1971), ainsi que dans un texte de mars 1971 où il s’interroge sur le « {Développement et [la] mentalité burundaise} ». Dans ce dernier, il donne quatre grands facteurs qui font que, malgré tous les efforts consentis, le Burundi ne se développe pas (nous sommes 40 ans en arrière, pour rappel !) :
La myopie sociale : c’est le fait que nous, l’élite, nous sommes pour ainsi dire paralysés, malades, prostrés. Nous n’arrivons pas à regarder plus loin et à jouer le rôle qui nous est destiné par l’histoire. Il y a un décalage. Il est étonnant par exemple que tout le pays soit constitué seulement de paysans agriculteurs-éleveurs et de salariés, c’est-à-dire des gens qui ne sont nullement maîtres du capital. Il n’y a presque pas d’hommes en dehors du cadre des agriculteurs-éleveurs et des salariés politiquement dépendants… et cela c’est le drame. Ce fait, en effet, accentue la mentalité murundi traditionnelle handicapant toute tentative de développement. Quiconque émerge, a dû voler ! Suspicion jetée sur tous ceux qui veulent avancer ?
La bougeotte sociale : c’est le fait déplorable que tout dans l’organisation du pays change et change tellement vite qu’on ne sait plus suivre et que l’homme paysan ou autre devient spectateur passif et impassible. Personne n’a le temps de comprendre, personne n’a le temps d’organiser, personne n’a le temps d’être vraiment responsable.
Le parasitisme social : facile dans les sociétés équilibrées où le niveau de vie est sensiblement le même pour tous, facile dans une vie économique en grande partie purement agricole, le fait de vivre dépendants les uns des autres déséquilibre l’économie à base d’échanges, économie d’argent, moyen facile d’échange et où le paiement joue un grand rôle.
– … La religiose, cette situation bizarre de gens qui ont une philosophie haute de l’homme, comprenant bien que la vie terrestre est un passage nécessaire où doit s’exprimer notre foi, notre espérance et s’épanouir notre vie de relations fraternelles. Mais situation où la vie terrestre n’est pas sérieusement prise en charge, où les valeurs terrestres, les valeurs temporelles, ne sont pas intégrées dans la vie de foi.
La pratique religieuse, les célébrations liturgiques, les gestes baptismaux ou funéraires, ne sont pas parvenus à relier la vie de chaque jour et l’Evangile. Dans la plupart des cas, les conversions au christianisme n’ont pas atteint le fond de notre être. Notre philosophie profonde n’a pas été touchée ou l’imprégnation de la foi n’est pas assez profonde et totale. Chez les paysans comme chez les intellectuels, l’image du badigeonnage pourrait s’appliquer.

{« Alors qu’en ces années 1970 souffle sur l’Afrique un vent de sympathie pour le communisme, l’abbé Kayoya lui préfère le retour à des valeurs plus proprement burundaises qu’il réunit sous le vocable d’Ubuntu, un concept bantou – aujourd’hui popularisé grâce à Nelson Mandela – qui va de l’humanisme à la générosité, la compassion ou la bonté. Profondément humaniste, la pensée de Michel Kayoya touchait à de nombreux domaines sociaux et politiques, mais paradoxalement, on notera que le fait ethnique n’a jamais été abordé en tant que tel dans ses écrits »}, note {le Dictionnaire de la Biographie africaine} (Oxford University Press, novembre 2011).

En 1972, il sera écroué à la prison de Gitega dès les premières heures de la chasse à l’intelligenstia hutu, avant d’être emmené dans la nuit du 15 mai en compagnie de dizaines de codétenus et fusillé, puis jeté dans une fosse commune sur les berges de la Ruvubu.
Pendant de nombreuses années, le silence sur 1972 aura entraîné la mise au ban de la réflexion de Michel Kayoya, avant que des travaux académiques ne lui soient, de nouveau, consacrés et ses ouvrages réédites. Par ailleurs, le journal Iwacu a lancé un prix littéraire burundais en 2009, contribuant à rétablir la mémoire de celui qui est considéré depuis, comme une référence dans la littérature burundaise.

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