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Du passé composé au futur simple : les procès et l’exécution des assassins du prince

16/10/2020 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Du passé composé au futur simple : les procès et l’exécution des assassins du prince
Du passé composé au futur simple : les procès et l’exécution des assassins du prince
Les assassins du Prince Louis Rwagasore devant la justice.

Après la mort du Héros de l’Indépendance, le Prince Louis Rwagasore, deux procès furent tenus. Un par l’administration belge et un autre par le gouvernement burundais après l’indépendance du pays. Des peines de mort ont été prononcées et les assassins exécutés.

« Quand, peu de temps après l’assassinat, Harroy vient saluer la dépouille de Rwagasore à l’hôpital, il croise la mère du prince, Thérèse Kanyonga, séparée du Mwami depuis 1945. Elle gifle le résident général. Cela prouve bien qui est à ses yeux coupable de la mort de son fils », écrit l’écrivain belge Guy Poppe dans son livre L’assassinat de Rwagasore, le Lumumba Burundais.

Toutefois, les mobiles des assassins du Prince Louis Rwagasore restent flous. Dans son livre, Guy Poppe rapporte le témoignage du tireur grec Jean Kageorgis fait le 16 octobre le jour de son arrestation : « Après les élections et la grande victoire de l’UPRONA, j’ai été appelé par Monsieur IATROU Michel et Mr BIROLI Joseph. Ces deux m’ont fait la proposition de faire un attentat contre la vie de Rwagasore. A la connaissance de NTIDENDEREZA, ils m’ont promis une somme de un million de francs burundi (…) Monsieur BIROLI m’a dit que je ne devais absolument rien craindre et qu’il était certain que le Parquet ne ferait que des enquêtes superficielles et Pro – justitia. »

Ce que le dénommé Michel Iatrou dément le lendemain : « Je n’en sais absolument rien. De toute façon, si vous me soupçonnez comme ayant pu financer l’affaire, je vous signale, primo, que je n’avais aucun intérêt à le faire, et secundo, voici ma situation financière. » Joseph Birori fait une déclaration ce même 17 octobre : « Il est exact que mon frère Ntidendereza et moi avons contacté Mr IATROU Michel, une ou deux semaines avant l’attentat … Nous étions également passés à la « Mascotte » et avions convoqué KAGEORGIS pour 18 heures chez Mr IATROU. A cette réunion, il a été décidé de tuer Rwagasore. (…) Kageorgis a accepté le principe et n’a pas mis de conditions. Il n’a absolument pas été question d’argent ou de payement cette fois – là. Je n’ai pas assisté personnellement à une réunion ultérieure où il fut question d’argent. »

Et l’administration belge ?

Dans son témoignage, indique Guy Poppe, Jean Baptiste Ntidendereza donne des raisons pour lesquelles ses compagnons et lui avaient décidé d’assassiner Rwagasore : « Je puis vous déclarer que déjà en 1959, RWAGASORE avait organisé des complots dirigés contre mon père et moi – même et contre NTAKIYICA Jean. Ces agissements ont d’ailleurs fait l’objet de rapports qui ont été remis aux autorités (…) Il existait en outre une liste noire, qui circulait et qui reprenait les noms de différents hommes politiques PDC qui devaient disparaître. Sur cette liste figuraient : BARANYANKA (NDLR. Son père, donc), moi – même (…) NTAKIYICA, Jean (…) et d’autres. »

Concernant les motivations de Michel Iatrou, Jean Baptiste Ntidendereza explique pourquoi le commerçant grec en voulait tellement à Rwagasore : « Il n’avait jamais eu confiance dans les rapports existants entre l’UPRONA et le MNC au Congo car à cause de ce dernier parti, il avait perdu une partie de ses biens à Stanleyville et à Kindu. »

Selon Ntidendereza, Michel Iatrou voyait en Rwagasore un double de Lumumba et dans l’UPRONA une copie de son parti, le Mouvement National Congo. Il était plein de rancune à cause des souffrances physiques et des dégâts matériels que des membres de MNC lui avaient infligés, ainsi qu’à sa famille, à Kisangani. « Il craignait, selon Ntidendereza, la même chose ici après l’installation du Gouvernement UPRONA».

En ce qui concerne l’implication de l’administration belge dans l’assassinat du Héros de l’indépendance, Guy Poppe rapporte une altercation entre Madame Belva, une citoyenne belge, et le résident du Burundi, Roberto Régnier, lors du procès en appel. La parole est donnée d’abord à Belva : «Au cours d’une réunion consacrée à l’étude des résultats électoraux, le résident a demandé si l’on avait songé à l’élimination de Rwagasore comme moyen de résoudre le problème politique. », « Je nie formellement», a déclaré l’ex-résident, « Si, vous avez dit cela. Quelqu’un vous a même reproché de parler ainsi en public. Vous avez dit encore : «Au Rwanda, ce serait simple … ». Guy Poppe indique que cette piste n’a pas été creusée par les enquêteurs belges.

Les procès

Les tombes de cinq des six condamnés à mort au cimetière de Mushasha en commune Gitega.

Lors du premier procès des assassins de Rwagasore, des mésententes surgissent sur la composition du jury. Le gouvernement burundais veut qu’un jury composé de Burundais siège avec les juges belges. Cette demande est rejetée par la Cour d’Appel le 10 mars 1962. Du coup, le gouvernement burundais fait savoir qu’il n’acceptera pas le jugement sur le fond. Dans la foulée, les avocats du roi et de la veuve de Rwagasore se retirent du procès en tant que partie civile. Le procès des assassins de Rwagasore va commencer sans que la famille du prince et Premier ministre assassiné soit représentée.

En première instance, le 2 avril 1962, le juge Jacques Goffin prononce la sentence : trois peines de mort contre Kageorgis, Ntidendereza et Nahimana. Les trois autres, pour qui le ministère public avait requis la peine de mort, s’en sortent mieux. Birori et Jean Ntakiyica sont condamnés à la réclusion perpétuelle, Iatrou à dix ans de prison.

L’arrêt de la Cour d’Appel tombe le 7 mai. Le juge commue deux peines de mort, celles de Ntidendereza et de Nahimana, en vingt ans de réclusion. Seul l’assassin Kageorgis conserve la peine de mort. Birori voit sa condamnation à perpétuité réduite à quinze ans.

Avant son exécution le 30 juin 1962 dans la prison de Bujumbura, Jean Kageorgis écrit à ses parents et il accuse la Tutelle d’être derrière l’assassinat : « (…) Je proclame solennellement que je ne suis pas le seul coupable. Ce crime fut perpétré par la Tutelle, M. Harroy – M. Régnier. (…) Mon exécution pèsera à la conscience de la Belgique qui veut ainsi étouffer sa culpabilité. Je vous embrasse tous pour la dernière fois et adieu. »
Après l’indépendance, le gouvernement burundais organise un nouveau procès. A la fin, le juge prononce cinq autres peines de mort à l’encontre de Joseph Birori, Jean Baptiste Ntidendereza, Antoine Nahimana, Jean Ntakiyica et Michel Iatrou. Ils seront exécutés le 15 janvier 1963 à Gitega.

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